En 2025, la Nouvelle‑Aquitaine s’impose comme la région qui tire la réindustrialisation française. Selon le Baromètre industriel de l’État publié en mars 2026, elle affiche un solde net de +19 ouvertures et extensions d’usines, soit la meilleure performance nationale devant l’Occitanie (+10) et l’Auvergne‑Rhône‑Alpes (+6). Une dynamique portée par les filières défense, aéronautique et spatial, mais aussi par l’industrie verte et l’économie circulaire, dans un contexte national de ralentissement des ouvertures de sites industriels.
Un solde industriel régional nettement positif malgré le ralentissement national
Le Baromètre industriel de l’État – relève de mars 2026, piloté par la Direction générale des Entreprises (DGE), confirme que la France continue d’ouvrir ou d’agrandir plus d’usines qu’elle n’en ferme. Mais le solde net national tombe à +19 en 2025, contre +88 en 2024, illustrant un net ralentissement de la réindustrialisation à l’échelle du pays. Dans ce paysage contrasté, la Nouvelle‑Aquitaine fait figure d’exception en concentrant à elle seule 19 ouvertures nettes de sites industriels, soit l’ensemble du solde positif national sur l’année. citeturn2view1
Concrètement, la région enregistre 44 ouvertures ou extensions significatives d’usines pour 25 fermetures ou réductions majeures de capacité de production. citeturn2view0 Les extensions sont comptabilisées lorsqu’elles représentent une augmentation d’au moins 40 % de la capacité de production, de la valeur ajoutée ou des effectifs, ou encore l’ajout pérenne d’au moins 50 salariés. Cette méthodologie place sur le même plan la première industrialisation d’une start‑up et le déploiement d’une « gigafactory » : dans les deux cas, une seule unité industrielle est comptée, ce qui oblige les acteurs industriels à raisonner en nombre de sites plutôt qu’en volume d’investissement.
Défense, aéronautique, spatial et industrie verte en tête
Les résultats régionaux reflètent la structuration historique du tissu industriel en Nouvelle‑Aquitaine. Les filières aéronautique, défense et spatial y sont particulièrement denses, des métropoles comme Bordeaux et Pau jusqu’aux bassins industriels plus diffus. À l’échelle nationale, le baromètre souligne que la défense, l’aéronautique et le spatial affichent un solde de +19 ouvertures nettes, tandis que l’industrie verte culmine à +26 et l’électronique à +12. citeturn2view1
Pour un directeur d’usine implanté dans la région, ces chiffres confirment plusieurs tendances de fond :
- La montée en charge progressive des programmes aéronautiques et de défense, qui sécurise les carnets de commandes des rangs 1 et 2 et diffuse des besoins jusqu’aux PME sous‑traitantes.
- La priorité donnée aux technologies bas carbone et à la décarbonation des procédés industriels, soutenue par le crédit d’impôt pour l’industrie verte (C3IV) et les différents appels à projets de France 2030. citeturn2view1
- Le maintien d’un tissu d’électronique industrielle et de services à l’aéronautique (maintenance, rétrofit, reconditionnement), qui ouvre des perspectives en matière d’économie circulaire et de gestion de la fin de vie des équipements.
Zoom sur quelques projets industriels emblématiques en Nouvelle‑Aquitaine
Le baromètre industriel de l’État en Nouvelle‑Aquitaine – mars 2026 met en avant plusieurs projets illustrant la diversité sectorielle et géographique des investissements industriels récents dans la région :
- Midipile à Hiersac (Charente, 16) : ouverture d’une usine dédiée à la production de véhicules accessibles sans permis, capables d’atteindre 45 km/h grâce à une assistance électrique. Ce positionnement sur la mobilité légère et décarbonée répond aux enjeux logistiques du dernier kilomètre et de la mobilité urbaine. citeturn2view0
- Paprec en Corrèze (19) : mise en service d’une unité industrielle de production de combustibles solides de récupération (CSR) pour valoriser des déchets non recyclables en énergie. Cette usine illustre la convergence entre industrie verte et gestion des déchets, dans une optique de réduction de l’enfouissement. citeturn2view0
- Bimbo QSR dans la Vienne (86) : ouverture d’une boulangerie industrielle produisant brioches et petits pains frais pour la restauration rapide et hors foyer. Le site renforce la filière agroalimentaire régionale et sa capacité à servir les grands comptes de la restauration. citeturn2view0
- Cofidur à Thiviers (Dordogne, 24) : extension d’un site spécialisé dans la fabrication de cartes électroniques pour les secteurs aéronautique et spatial, symbole du renforcement des compétences régionale en électronique de haute fiabilité. citeturn2view0
- ArianeGroup en Gironde (33) : extension des capacités de production de matériaux composites pour les applications spatiales et de défense, renforçant le positionnement du territoire sur les technologies de pointe associées aux lanceurs et systèmes complexes. citeturn2view0
- Optima Aero Europe dans les Landes (40) : extension d’une usine spécialisée dans le démantèlement, la réparation et le reconditionnement des pièces de moteurs d’hélicoptères, un segment en pleine structuration autour de la maintenance, de la durabilité et de la seconde vie des équipements aéronautiques. citeturn2view0
Pris ensemble, ces exemples illustrent une combinaison de projets de première industrialisation (start‑ups, nouveaux entrants) et d’extensions de grands groupes ou ETI. Pour les dirigeants d’usines et les responsables industriels, cette diversité se traduit par des opportunités tout au long de la chaîne de valeur : équipements de production, sous‑traitance mécanique et électronique, logistique, services industriels, ingénierie.
Des disparités territoriales et sectorielles à intégrer dans les stratégies industrielles
Si la Nouvelle‑Aquitaine présente un visage globalement très positif, le baromètre national rappelle que la dynamique industrielle n’est pas homogène. Plusieurs régions historiquement industrielles du Nord de la France affichent des soldes négatifs, à l’image des Hauts‑de‑France ou de la Bourgogne‑Franche‑Comté. citeturn2view1
Sur le plan sectoriel, les difficultés persistent dans les industries traditionnelles : transport, chimie, métallurgie, mécanique enregistrent des soldes d’usines négatifs en 2025, sous l’effet combiné de la hausse des coûts de l’énergie, d’une concurrence internationale exacerbée et de la normalisation post‑Covid de la demande. À l’inverse, les secteurs considérés comme stratégiques dans le cadre de France 2030 – industrie verte, aéronautique / spatial / défense, électronique, santé – concentrent l’essentiel des ouvertures nettes. citeturn2view1
Pour les directions industrielles régionales, cela implique de :
- réévaluer les risques de dépendance sectorielle, notamment dans les filières exposées aux surcapacités asiatiques ou aux hausses de droits de douane ;
- anticiper les besoins de compétences liés aux secteurs en croissance (composites, électronique, décarbonation, économie circulaire) ;
- intégrer dans la planification industrielle les contraintes foncières (objectifs de zéro artificialisation nette) et les opportunités de requalification de friches industrielles évoquées dans les débats nationaux sur la réindustrialisation. citeturn5view1
Politiques publiques : France 2030, industrie verte et soutien aux premières usines
Face au ralentissement de la dynamique nationale, le gouvernement a réaffirmé son soutien aux projets industriels via plusieurs leviers. Le document de la DGE rappelle la reconduction ou la pérennisation de dispositifs structurants :
- le crédit d’impôt pour l’industrie verte (C3IV), qui soutient les investissements de décarbonation, de circularité ou de production de technologies vertes ;
- l’appel à projets « Première usine », destiné à accompagner la première industrialisation de start‑ups et de PME innovantes ;
- le volet régionalisé de France 2030, co‑piloté par l’État, la Région Nouvelle‑Aquitaine et les opérateurs Bpifrance et Banque des Territoires, pour financer des projets d’innovation industrielle au plus près des territoires. citeturn2view1turn0search4
Selon la DGE, environ 150 usines sont actuellement en cours de création au niveau national, soutenues ou annoncées dans le cadre du C3IV, de l’appel « Première usine » ou des récents sommets Choose France. citeturn2view1 Pour les industriels néo‑aquitaine, ces dispositifs constituent des leviers financiers et d’ingénierie de projet à mobiliser pour accompagner :
- l’extension ou la modernisation d’unités existantes (automatisation, robotisation, digitalisation, efficacité énergétique) ;
- la relocalisation de certaines productions stratégiques aujourd’hui sous‑traitées à l’étranger ;
- la création de nouvelles lignes de production dans des niche markets (mobilité légère, composants critiques, bioproduction, solutions de recyclage avancé, etc.).
Des ressources détaillées sur les aides mobilisables et les priorités régionales sont disponibles sur les sites de l’État en région, notamment via la page dédiée au baromètre industriel de l’État en Nouvelle‑Aquitaine et les dossiers consacrés à l’industrie verte en Nouvelle‑Aquitaine.
Impacts et enjeux pour les directions d’usine en Nouvelle‑Aquitaine
Pour un directeur industrie et usine opérant en Nouvelle‑Aquitaine, les enseignements de ce Baromètre industriel Nouvelle‑Aquitaine 2025 sont multiples :
- Un environnement globalement porteur : la région continue d’attirer des projets industriels dans des secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui renforce la visibilité à moyen terme des écosystèmes locaux.
- Une compétition accrue pour les compétences : les extensions de sites dans l’aéronautique, les composites ou l’électronique, combinées aux nouveaux projets de mobilité et d’industrie verte, vont intensifier la tension sur certains métiers industriels (maintenance, conduite de ligne, procédés spéciaux, digitalisation).
- Des opportunités de diversification : la montée en puissance de l’industrie verte (CSR, méthanisation, recyclage, solutions de décarbonation) ouvre des perspectives de reconversion ou de diversification pour des sites aujourd’hui exposés à des marchés plus volatils.
- Une nécessité de pilotage stratégique fin : dans un contexte de ralentissement national et de hausse des coûts, les décisions d’investissement (extensions, robotisation, relocalisations) devront être articulées avec les dispositifs publics et les dynamiques sectorielles identifiées par le baromètre.
La région part avec plusieurs atouts structurants : un réseau de métropoles et de villes moyennes industrielles, une base aéronautique et défense solide, des filières agroalimentaires et électroniques bien établies, et des politiques publiques régionales historiquement pro‑industrie. D’après les acteurs régionaux de l’innovation, la Nouvelle‑Aquitaine investit en moyenne plus de 120 M€ par an depuis plusieurs années dans l’accompagnement de projets industriels et technologiques, ce qui contribue à la robustesse des chaînes de valeur locales. citeturn5view0
Perspectives : consolider l’avance régionale et préparer les transitions
Le Baromètre industriel de l’État en Nouvelle‑Aquitaine – Mars 2026 montre une région en avance sur la réindustrialisation, mais confrontée aux mêmes défis structurels que le reste du pays : coûts énergétiques élevés, contraintes environnementales renforcées, rareté du foncier industriel, tensions sur l’emploi qualifié. La prochaine étape pour les industriels consistera à transformer cette avance en avantage durable, en combinant :
- investissements ciblés dans l’efficacité énergétique et la décarbonation des procédés ;
- coopérations renforcées entre grands groupes, ETI, PME et start‑ups pour accélérer les projets de première usine et de montée en cadence ;
- développement des compétences industrielles via la formation initiale et continue, en lien avec les campus des métiers et les écoles d’ingénieurs régionales ;
- mobilisation des dispositifs France 2030, C3IV et plans régionaux pour sécuriser le financement des grands projets de transformation industrielle.
Dans ce contexte, suivre de près les prochaines relèves du baromètre industriel sera un outil précieux de pilotage pour les directions d’usine. Elles y trouveront non seulement une mesure de la dynamique industrielle à l’échelle de la Nouvelle‑Aquitaine, mais aussi un repère pour repositionner leurs stratégies de production, de localisation et de partenariat dans un environnement économique en mutation rapide.
