LOUIS DUPONT

Hauts-de-France : lafilière électrique mise sur l’apprentissage pour sécuriser ses recrutements

Publié le 15/04/2026
Jeunes apprentis électriciens devant un lycée professionnel des Hauts-de-France, parvis animé

Dans les Hauts-de-France, la filière électrique confirme son rôle de moteur de l’emploi industriel. Entre les grands donneurs d’ordre de l’énergie, un tissu dense de PME et les lycées professionnels du territoire, les besoins en compétences électriques restent soutenus, alors même que certains métiers peinent encore à recruter. Pour les DRH, l’apprentissage et les formations en lycée constituent désormais le principal levier pour accéder à des jeunes parfaitement employables, directement opérationnels sur le terrain.

Une filière électrique stratégique pour la région

Les Hauts-de-France figurent parmi les premières régions industrielles de l’Hexagone, avec une concentration d’activités liées à l’énergie, à la sidérurgie, à la logistique et désormais aux métiers de la transition énergétique. Dans ce contexte, la filière électrique s’impose comme un maillon essentiel : réseaux, maintenance industrielle, équipements des bâtiments, énergies renouvelables, mobilité électrique.

Les besoins en profils techniques — électriciens d’équipement, monteurs réseaux, techniciens de maintenance, automaticiens — sont portés par plusieurs dynamiques : modernisation des infrastructures, rénovation énergétique des bâtiments, électrification des mobilités et développement des sites industriels bas carbone. En 2025, la région totalisait plus de 150 000 projets de recrutement tous secteurs confondus, avec une part importante de postes techniques jugés « difficiles à pourvoir » selon les études de France Travail.

Pour les entreprises comme pour les établissements de formation, l’enjeu est clair : sécuriser des recrutements durables dans les métiers de l’électricité, tout en accompagnant la montée en compétences des jeunes et des salariés en reconversion.

Douai et le Douaisis, un terrain d’expérimentation grandeur nature

Autour de Douai, l’article de France 3 met en lumière une réalité qui se généralise dans toute la région : les lycées professionnels et les CFA travaillant sur la filière électrique coopèrent de plus en plus étroitement avec les entreprises locales. Lycées techniques, GRETA, UFA et centres de formation d’apprentis développent des parcours du CAP au BTS dans les spécialités liées à l’électricité et à la maintenance.

Ces formations répondent aux besoins des industriels, des entreprises de travaux électriques et des gestionnaires de réseaux présents dans le bassin : sous-traitants de la grande industrie, PME de l’installation électrique, acteurs de la maintenance multi-technique, mais aussi grands groupes nationaux implantés dans la région. Les périodes en entreprise, les stages et surtout l’apprentissage servent de sas d’entrée vers l’emploi durable.

Pour une direction des ressources humaines, ce maillage local permet de mettre en place des stratégies de recrutement très ciblées : repérage précoce des talents dans les lycées, co-construction de contenus pédagogiques, participation aux jurys d’examen, voire mise en place de classes dédiées à un groupe ou à un métier.

L’apprentissage, principal canal de recrutement dans l’électricité

La filière électrique Hauts-de-France s’appuie massivement sur l’apprentissage pour renouveler ses compétences. Les grands opérateurs de réseaux, comme Enedis, affichent un plan d’embauches de l’ordre de 3 100 recrutements en 2026 au niveau national, dont une part significative en contrats d’alternance et d’apprentissage. EDF, pour sa part, met en avant l’accueil de plusieurs milliers d’alternants chaque année, avec des taux de conversion alternance – CDI pouvant atteindre 80 % sur certains métiers.

Dans les Hauts-de-France, ces politiques se traduisent par une multiplication des offres en alternance sur les bassins industriels : Douai, Dunkerque, Valenciennes, Lens, Amiens ou encore le littoral. Les offres récentes publiées par des entreprises comme Fives, Fayat ou Equans/INEO confirment cette tendance : électricien d’équipement, monteur réseaux, technicien de maintenance, mais aussi fonctions support en ressources humaines pour gérer ces flux d’alternants.

Pour un DRH, l’apprentissage dans la filière électrique devient ainsi un investissement à moyen terme plutôt qu’une simple solution de renfort. La montée en compétences progressive, la fidélisation par le tutorat et la sécurisation de la culture sécurité en font un outil de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Des jeunes jugés « parfaitement employables »

L’article de France 3, consacré aux lycéens et apprentis de Douai, insiste sur la qualité de l’employabilité des jeunes formés dans ces parcours. Les professionnels soulignent plusieurs atouts : bases techniques solides, premiers réflexes de sécurité, habitude du travail en équipe, et surtout expérience réelle acquise en entreprise grâce aux périodes en milieu professionnel.

Les formations type CAP électricien, Bac Pro Métiers de l’électricité et de ses environnements connectés (MELEC) ou BTS électrotechnique sont conçues pour un transfert rapide en situation de travail. Les retours d’expérience d’entreprises régionales indiquent que, dès la fin du bac professionnel, une majorité de jeunes peut occuper des postes d’exécution avec un encadrement adapté, tandis que les titulaires de BTS accèdent rapidement à des fonctions de technicien de chantier ou de maintenance.

Pour les RH, cela se traduit concrètement par des intégrations plus rapides et une réduction des coûts de formation initiale. Là où d’autres filières nécessitent plusieurs mois de mise à niveau, les métiers de l’électricité peuvent bénéficier d’une prise de poste opérationnelle en quelques semaines, sous réserve d’un accompagnement en sécurité et d’un tutorat de proximité.

Une tension persistante sur certains profils techniques

Malgré ce vivier de jeunes employables, la filière électrique Hauts-de-France reste confrontée à des difficultés de recrutement sur plusieurs métiers. Les données d’enquêtes régionales sur les besoins en main-d’œuvre montrent que les employeurs anticipent encore des tensions pour les électriciens du bâtiment, les techniciens de réseaux ou les profils de maintenance industrielle.

Plusieurs facteurs expliquent ce décalage : image parfois datée des métiers, concurrence d’autres filières techniques plus médiatisées, mobilités géographiques limitées ou encore hausse des besoins liée aux projets de transition énergétique. Pour autant, les jeunes formés dans les lycées et CFA de la région trouvent le plus souvent une insertion rapide, notamment lorsqu’ils ont déjà effectué leur apprentissage dans l’entreprise qui les recrute.

Pour une direction RH, la tension sur ces métiers impose une approche plus proactive : présence renforcée dans les salons et forums, partenariats formalisés avec les établissements, mise en avant des perspectives d’évolution interne, et parfois adaptation des grilles salariales ou des avantages pour rester attractif face à la concurrence.

Partenariats lycées – entreprises : un levier RH à structurer

Dans le bassin de Douai comme ailleurs en Hauts-de-France, les partenariats entre lycées professionnels, CFA et entreprises électriques prennent des formes variées : conventions de stage, participation des entreprises à la définition des contenus pédagogiques, interventions de professionnels en cours, visites de sites industriels ou encore mise à disposition d’équipements.

Les lycées spécialisés en filière électrique, relayés par les services académiques, cherchent à s’aligner sur les besoins immédiats des employeurs : savoir-faire en câblage, lecture de plans, maîtrise des normes, pratique des outils numériques, culture sécurité. De leur côté, les entreprises y voient un moyen d’identifier en amont les futurs recrutés et de tester leur adéquation avec les exigences du terrain.

Pour les DRH et responsables de sites, ces partenariats deviennent un axe stratégique de la politique de recrutement. En s’impliquant dans la formation initiale, ils peuvent :

  • adapter plus finement les compétences techniques à leurs besoins ;
  • diffuser leur culture d’entreprise dès le lycée ;
  • sécuriser un vivier local de candidats motivés ;
  • améliorer leur image employeur auprès des jeunes et de leurs familles.

Une opportunité pour les DRH : structurer des parcours complets

Au-delà du seul recrutement, la dynamique de la filière électrique en Hauts-de-France invite les DRH à concevoir de véritables parcours de carrière. L’entrée par l’apprentissage peut être suivie, selon les profils, d’une poursuite en BTS ou en licence professionnelle, accompagnée de formations internes sur la sécurité, les nouveaux équipements ou la relation client.

Les dispositifs publics et sectoriels — aides à l’apprentissage, financements OPCO, programmes régionaux pour la transition énergétique — facilitent cette démarche. Les informations détaillées sur les besoins métiers et les financements disponibles sont régulièrement mises à jour par des acteurs comme France Travail pour les Hauts-de-France ou l’Info Jeunes Hauts-de-France, qui recense les secteurs de l’énergie en tension et les formations correspondantes.

Les entreprises qui structurent ces parcours complets obtiennent plusieurs résultats : fidélisation accrue des jeunes, réduction du turnover sur les métiers en pénurie, montée en compétences progressive et capacité à répondre plus vite aux appels d’offres grâce à des équipes stables. Pour un DRH, ces indicateurs sont déterminants dans un contexte de pression concurrentielle et de transformation énergétique.

Anticiper les besoins de demain dans la filière électrique

Avec la généralisation des projets de transition énergétique, l’essor des bornes de recharge, la modernisation des réseaux intelligents et la digitalisation de la maintenance, les besoins en compétences de la filière électrique Hauts-de-France vont encore évoluer. Les métiers traditionnels de l’électricien s’enrichissent de dimensions nouvelles : maîtrise des systèmes communicants, cybersécurité des installations, gestion de données issues des capteurs et de la maintenance prédictive.

Les lycées professionnels, CFA et écoles d’ingénieurs régionales commencent à intégrer ces évolutions dans leurs référentiels. Pour les services RH, la capacité à dialoguer avec ces acteurs de la formation et à traduire les besoins futurs en blocs de compétences devient une compétence à part entière. C’est à ce prix que la région pourra continuer à former des jeunes parfaitement employables, immédiatement utiles sur les chantiers comme dans les bureaux d’études.

Dans ce paysage en mouvement, la filière électrique des Hauts-de-France apparaît finalement comme un laboratoire de ce que pourrait être l’industrie de demain : ancrée dans les territoires, connectée aux établissements scolaires et structurée autour de parcours d’apprentissage menant à l’emploi durable. Autant d’éléments que les DRH de la région peuvent saisir pour bâtir, dès aujourd’hui, leur stratégie de recrutements et de compétences pour les dix prochaines années.