LOUIS DUPONT

Demande d’emploi enGrand Est (T4 2025) : profils, chiffres et enjeux RH

Publié le 13/03/2026
Accueil d'une agence emploi en Grand Est avec candidats et conseiller en entretien

demande d’emploi Grand Est : la publication régionale de la DREETS Grand Est (12/02/2026) livre un portrait détaillé des inscrits à France Travail au 4ᵉ trimestre 2025. Ce point de situation met en lumière des évolutions structurelles — augmentation des jeunes inscrits, fortes variations saisonnières et altérations des variables administratives — et des effets directs des réformes d’inscription et d’actualisation mises en œuvre depuis janvier 2025.

Résumé et méthode : que contient le rapport ?

Le document publié le 12 février 2026 propose une lecture descriptive des personnes inscrites en catégories A / ABC pour le 4ᵉ trimestre 2025. Il combine données administratives issues de France Travail, analyses comparatives annuelles et indicateurs thématiques (âge, sexe, niveau de formation, durée d’inscription, motifs d’inscription). La DREETS signale explicitement des problèmes de comparabilité dus à l’inscription automatique de publics ciblés dès le 01/01/2025 et à des modifications des règles d’actualisation et de sanction.

Pour consulter la source officielle : fiche DREETS Grand Est (T4 2025).

Chiffres clés à retenir

Quelques repères chiffrés utiles pour les responsables RH :

  • 421 810 demandeurs d’emploi (cat. A, B, C) recensés en novembre 2025 en Grand Est (variation annuelle +3,57% entre nov. 2024 et nov. 2025).
  • Part des moins de 25 ans en forte hausse : +15,59% en un an (signal fort pour le recrutement junior et les parcours d’intégration).
  • Enquête BMO 2025 : 164 735 projets de recrutement annoncés ; 109 443 recrutements non saisonniers (66,4%) et 55 292 projets saisonniers (33,6%).
  • Formation et apprentissage : 76 438 apprentis en 2024/2025 et 4 489 organismes de formation répertoriés dans la région (données Centre Inffo, février 2026).

Le rapport DREETS précise que ces chiffres doivent être interprétés en tenant compte des changements méthodologiques intervenus en 2025, qui ont, par exemple, augmenté la part de variables « non renseignées » (notamment le niveau de formation).

Effets des changements réglementaires sur les statistiques

Depuis le 1er janvier 2025, plusieurs catégories (bénéficiaires du RSA, jeunes suivis par les missions locales, personnes accompagnées par Cap’Emploi) ont été enregistrées automatiquement dans les fichiers de France Travail. Ce basculement a deux conséquences importantes :

  • La composition des fichiers a évolué rapidement, faisant apparaître un accroissement des publics fragiles et jeunes au sein des inscrits.
  • La comparabilité temporelle est dégradée : certains indicateurs (durée d’inscription moyenne, répartition par niveau de formation) sont partiellement affectés par des saisies manquantes ou hétérogènes.

Les DRH doivent donc lire ces indicateurs comme des signaux de tendance plutôt que comme des séries parfaitement comparables.

Répartition sectorielle et métiers en tension

La BMO 2025 confirme des concentrations sectorielles : services, agriculture, hôtellerie‑restauration et BTP figurent parmi les secteurs les plus demandeurs. Les métiers en tension récurrents sont, entre autres : magasiniers, préparateurs de commandes, personnels de restauration et métiers qualifiés du soin ou du bâtiment selon les bassins.

Pour consulter la synthèse régionale BMO 2025 : synthèse BMO Grand Est 2025.

Mobilité des demandeurs : dispositif et opportunités

France Travail Grand Est a lancé un appel à projets mobilité le 13 février 2026, visant à financer diagnostics et actions pour lever les freins à l’emploi (transport, hébergement, aides financières) sur des bassins ruraux et périurbains (exemples : Aube, Haute‑Marne, Vosges, zones du Haut‑Rhin). Ces dispositifs sont une opportunité directe pour les DRH souhaitant élargir leurs bassins de recrutement sans augmenter significativement la masse salariale.

Voir l’appel à projets mobilité : appel à projets mobilité — France Travail Grand Est.

Impacts concrets pour les DRH

Pour un directeur des ressources humaines, les enseignements du rapport et des données associées conduisent à plusieurs constats opérationnels :

  • Recrutement élargi : la hausse des jeunes inscrits (‑25 ans) et des bénéficiaires RSA augmente le vivier, mais exige des parcours d’intégration adaptés (mentorat, tutorat, montée en compétences rapide).
  • Formation et montée en compétences : la présence de 4 489 organismes de formation et d’un important vivier d’apprentis (76 438) implique de renforcer les partenariats locaux pour des dispositifs courts et certifiants.
  • Gestion des contrats courts : 33,6% des projets sont saisonniers ; anticiper la rotation et formaliser des prérecrutements et des modules de formation express est stratégique.
  • Mobilité et attractivité : recourir à des aides mobilité ou à des solutions logistiques (navettes, aides au covoiturage) peut élargir l’offre de candidats sur des postes aujourd’hui non pourvus.

Recommandations opérationnelles pour les services RH

À partir des données, voici des pistes actionnables, classées selon horizon de mise en œuvre :

Actions à court terme (0–6 mois)

  • Renforcer les partenariats avec France Travail et les missions locales pour capter le flux de jeunes et de publics éloignés de l’emploi.
  • Mettre en place des modules d’intégration de 1 à 4 semaines pour postes en tension (magasinier, logistique, restauration).
  • Soliciter les financements disponibles via l’appel à projets mobilité pour réduire l’absentéisme et les retards liés aux transports.

Actions à moyen terme (6–18 mois)

  • Déployer des parcours apprentissage et alternance avec les organismes locaux, en tirant parti des 76 438 apprentis et des centres de formation régionaux.
  • Structurer une politique de recrutement prévisionnel basée sur la BMO 2025 : prioriser les métiers identifiés en tension.

Actions à long terme (18+ mois)

  • Construire un plan de reskilling pour améliorer l’employabilité interne et réduire la dépendance aux recrutements externes.
  • Intégrer la mobilité durable dans la marque employeur (incitations, télétravail hybride, partenariats mobilités).

Limites et points d’attention méthodologiques

Plusieurs facteurs recommandent la prudence dans l’interprétation :

  • Inscription automatique de nouveaux publics depuis 2025 : modifications de la composition des fichiers.
  • Variables incomplètes : hausse des champs « non renseignés » (notamment le niveau de formation), qui complexifie le ciblage des actions de formation.
  • Réorganisations internes à France Travail (ex. centralisation envisagée des traitements U1/droits frontaliers) susceptibles d’impacter les délais et la relation agence‑entreprise ; cf. débats en CSEC (11–12 février 2026).

Sur ces sujets, un compte rendu de la CSEC indique des enjeux de charge et d’organisation pertinents pour les DRH employant des frontaliers : compte rendu CSEC (février 2026).

Ressources complémentaires

Documents utiles pour approfondir :

Perspectives pour les DRH en Grand Est

Le rapport DREETS T4‑2025 et les enquêtes associées confirment que le contexte régional mêle un vivier élargi et une exigence accrue d’ingénierie RH : intégrer des publics jeunes et fragiles, adapter les dispositifs de formation, anticiper la saisonnalité et piloter la mobilité. Pour les DRH, la priorité est double : mettre en oeuvre des dispositifs opérationnels immédiats (intégration, formation courte, aides mobilité) et construire une stratégie de moyen terme (apprentissage, reskilling, marque employeur territoriale).

En synthèse, la demande d’emploi Grand Est offre des opportunités concrètes mais impose aux services RH d’articuler recrutement, formation et mobilité avec une lecture fine des données régionales. Les DRH qui sauront combiner actions opérationnelles et partenariats publics‑privés maximiseront leurs chances de réduire les tensions de recrutement dans les 12–24 prochains mois.