En Bourgogne‑Franche‑Comté, le marché du travail donne des signaux de plus en plus préoccupants pour les directions des ressources humaines. Selon la dernière note Insee Conjoncture Bourgogne‑Franche‑Comté, l’emploi salarié recule de 0,6 % sur un an à fin 2025, alors que le nombre d’inscrits à France Travail progresse. Ce double mouvement – baisse des postes et hausse des demandeurs – confirme une détérioration du marché du travail en région, dans un contexte où de nombreux métiers restent pourtant en tension.
Un marché du travail régional qui passe sous le point haut de 2023
D’après l’Insee, la Bourgogne‑Franche‑Comté a perdu environ 6 300 emplois salariés en 2025, soit un repli de ‑0,6 % sur un an. Cette baisse efface en partie les gains enregistrés en sortie de crise sanitaire et ramène l’emploi salarié régional en deçà de son point haut de 2023. Le repli concerne principalement le secteur privé, qui supporte l’essentiel des pertes d’emplois.
Dans le même temps, le taux de chômage régional reste inférieur à la moyenne nationale, autour de 7,1 % fin 2025 contre près de 7,9 % au niveau de la France entière. Mais la tendance est à la hausse par rapport à 2024, ce qui alimente la perception d’un marché du travail en Bourgogne‑Franche‑Comté moins porteur pour les recrutements et les mobilités professionnelles.
Pour les DRH, ce retournement progressif se traduit par un environnement plus contrasté : on assiste simultanément à une augmentation des candidatures sur certains postes et à des difficultés persistantes sur des métiers clés. La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) devient donc plus stratégique, afin d’anticiper les évolutions sectorielles et territoriales.
Hausse des inscrits à France Travail : signal conjoncturel ou effet de réforme ?
La note Insee Conjoncture BFC souligne que la hausse des inscrits à France Travail résulte pour partie de la conjoncture, mais aussi de changements réglementaires. La loi pour le plein emploi, entrée en vigueur le 18 décembre 2025, modifie les conditions d’inscription et de suivi des demandeurs. De plus, un ajustement technique du script d’inscription au cours de l’été 2025 a entraîné une réaffectation des motifs d’entrée sur les listes.
Concrètement, ces évolutions ont généré une augmentation « mécanique » des inscrits, sans refléter intégralement une dégradation économique. Néanmoins, les données publiées par l’État montrent une montée en charge progressive : au 4e trimestre 2025, la région compte plus de 230 000 personnes inscrites à France Travail toutes catégories confondues, dont plus de 200 000 tenues de rechercher un emploi. Pour les DRH, ce contexte se traduit par un vivier de candidats plus large, mais pas forcément mieux adapté aux besoins en compétences.
La granularité des catégories A, B, C, D et E reste déterminante pour lire la situation : hausse de la catégorie A (sans emploi, immédiatement disponibles), progression des catégories B et C (activité réduite) et évolution plus complexe des publics en formation ou en contrat aidé. La maîtrise de ces indicateurs devient un atout pour piloter la politique de recrutement et de formation au niveau local.
Des secteurs en repli face à une demande toujours fragile
La dégradation du marché du travail en Bourgogne‑Franche‑Comté n’est pas uniforme selon les secteurs. Les industries exposées à la concurrence internationale, la construction et certaines activités de services aux entreprises subissent un ralentissement lié au contexte macroéconomique : inflation persistante, coûts de l’énergie, incertitudes géopolitiques et resserrement des conditions financières.
Pour les DRH de l’industrie, cela se traduit par un gel de certains recrutements, des ajustements d’effectifs via l’intérim, voire des réorganisations ciblées. Dans les entreprises plus fragiles, les projets d’embauche sont parfois différés, ce qui peut entraîner une sous‑utilisation des dispositifs de formation ou d’alternance prévus initialement.
Le secteur des services montre une dynamique plus hétérogène. Les activités liées au tourisme, à la restauration et au commerce de proximité restent sensibles aux variations de pouvoir d’achat. À l’inverse, les services à forte valeur ajoutée (ingénierie, numérique, conseil) continuent d’afficher des besoins importants, mais avec des exigences de qualification élevées. Cette polarisation renforce les écarts de situation entre les bassins d’emploi urbains (Dijon, Besançon) et les territoires ruraux ou périurbains.
Des métiers toujours en tension malgré le ralentissement
Paradoxalement, alors que l’emploi salarié recule en Bourgogne‑Franche‑Comté, les difficultés de recrutement demeurent très fortes sur de nombreux métiers. Dans la construction, certains métiers – comme les conducteurs de travaux, ouvriers qualifiés et chefs de chantier – restent classés en forte tension, avec des taux de postes difficiles à pourvoir dépassant fréquemment 70 % selon les études sectorielles.
Une récente étude sur les réseaux électriques et la transition énergétique projette, par exemple, des besoins significatifs de conducteurs de travaux à l’horizon 2030, avec une montée en puissance anticipée des projets de rénovation et d’extension des infrastructures. Dans la région, cette perspective se heurte à une capacité de formation limitée, ce qui oblige les entreprises à renforcer leurs stratégies d’attractivité, de formation interne et de mobilité géographique.
Les services à la personne et les métiers du soin constituent un autre foyer de tension structurelle. Les projections démographiques évoquent la création potentielle de plusieurs milliers d’emplois supplémentaires d’ici 2050 dans l’aide à domicile, l’accompagnement des personnes âgées et le médico‑social. Toutefois, des centaines de places de formation – notamment pour les aides‑soignants – restent non pourvues chaque année en Bourgogne‑Franche‑Comté, faute de candidats.
Une région qui investit massivement dans la formation sanitaire et sociale
Pour répondre à ces déséquilibres, la Région Bourgogne‑Franche‑Comté a annoncé, dans son budget 2026, un effort significatif en faveur des formations sanitaires et sociales. Selon les documents budgétaires, 61,2 millions d’euros seront consacrés à ces filières en 2026, afin de soutenir à la fois la formation des demandeurs d’emploi, le fonctionnement des instituts et l’attractivité des métiers.
Cette enveloppe inclut environ 4,9 millions d’euros dédiés à la formation des demandeurs d’emploi sur les métiers en tension (aide‑soignant, auxiliaire de puériculture, ambulancier, accompagnant éducatif et social, etc.). La Région prévoit également la création de places supplémentaires dans certaines villes, comme Montbéliard, pour accompagner l’ouverture de nouveaux équipements sociaux ou médico‑sociaux.
Pour les DRH d’établissements de santé, de l’action sociale ou des Ehpad, ces actions constituent des leviers concrets : élargissement du vivier local, renforcement des partenariats avec les écoles, possibilités accrues de reconversion de demandeurs d’emploi. Les employeurs peuvent s’appuyer sur ces dispositifs pour bâtir des parcours qualifiants et fidéliser des profils souvent volatils.
Le dispositif Amont de la Qualification : un nouvel outil pour sécuriser les recrutements
Parallèlement, la région met en œuvre un Dispositif Amont de la Qualification (DAQ) 2026‑2030, pensé comme un outil de structuration des viviers de candidats au plus près des besoins des entreprises. Ce dispositif vise à proposer des parcours personnalisés à des publics éloignés de l’emploi, pour les préparer à entrer dans des formations qualifiantes ou directement en entreprise.
Le DAQ repose sur un ensemble d’étapes : remobilisation, remise à niveau, immersion en entreprise, puis accès à une formation certifiante ou à un contrat de travail. Les branches professionnelles et les employeurs sont encouragés à s’impliquer dès la phase de diagnostic pour sécuriser les parcours. Pour un DRH, ce dispositif peut devenir un levier stratégique pour pré‑recruter et accompagner des candidats avant leur prise de poste.
Dans un contexte où le marché du travail en Bourgogne‑Franche‑Comté se tend, mais où des pénuries de compétences persistent, l’enjeu est de mieux articuler ces dispositifs avec les besoins opérationnels des entreprises. Un dialogue renforcé entre DRH, OPCO, Région et France Travail et ses équipes locales apparaît essentiel pour aligner les parcours de formation et les projets de recrutement.
France Travail et branches professionnelles : des partenariats renforcés
Les services publics de l’emploi n’agissent pas seuls. En Bourgogne‑Franche‑Comté, France Travail multiplie les conventions avec les branches professionnelles pour répondre aux difficultés de recrutement. Dans le bâtiment, par exemple, une convention partenariale associant France Travail, la Fédération française du bâtiment et plusieurs acteurs régionaux prévoit des actions coordonnées : promotion des métiers, immersions professionnelles, accompagnement des reconversions et formations ciblées.
Ces partenariats s’inscrivent dans une logique de gestion des compétences à l’échelle régionale. Pour les DRH, ils offrent des opportunités de co‑construire des parcours avec les organismes de formation et d’accéder à des dispositifs de financement pour la montée en compétences. Les entreprises qui s’engagent dans ces démarches peuvent bénéficier de viviers mieux préparés et de processus de recrutement plus sécurisés.
Des dynamiques similaires se déploient dans d’autres secteurs en tension, comme le transport‑logistique, le numérique ou l’agroalimentaire. Dans la cybersécurité, par exemple, plusieurs acteurs régionaux signalent une forte compétition sur les profils qualifiés, avec des salaires d’entrée parfois supérieurs à 50 000 € annuels pour des jeunes diplômés. Pour les DRH, cette situation les oblige à ajuster leur politique de rémunération, de formation et de fidélisation.
Quelles marges de manœuvre pour les DRH en Bourgogne‑Franche‑Comté ?
Dans ce contexte de marché du travail en Bourgogne‑Franche‑Comté à la fois dégradé et sous tension, les directions des ressources humaines doivent adapter leurs pratiques. Plusieurs axes se dessinent :
- Affiner le diagnostic territorial : suivre de près les données de l’Insee Conjoncture BFC, les statistiques de la DREETS et les études sectorielles pour ajuster les plans de recrutement par bassin d’emploi.
- Structurer une politique de viviers : s’appuyer sur le DAQ, les POEI, l’alternance et les partenariats avec France Travail pour anticiper les besoins à 12‑24 mois.
- Repenser l’attractivité employeur : agir sur la marque employeur, la qualité de vie au travail, les perspectives d’évolution et la formation continue, particulièrement dans les métiers en tension.
- Développer les mobilités internes : construire des parcours de reconversion et de montée en compétences pour sécuriser les emplois et limiter le turn‑over.
- Exploiter les financements publics : mobiliser les aides régionales, nationales et européennes destinées à la formation et à la transition professionnelle.
À moyen terme, la capacité des entreprises régionales à articuler ces différents leviers conditionnera leur compétitivité et leur résilience. Dans une phase où l’emploi salarié recule et où les inscrits à France Travail augmentent, les DRH deviennent des acteurs centraux de l’ajustement entre offre et demande de travail.
Vers un nouvel équilibre emploi‑compétences en région
La publication de la note Insee Conjoncture Bourgogne‑Franche‑Comté met en lumière un marché de l’emploi plus fragile qu’il ne l’était en 2023. La dégradation du marché du travail régional se traduit par un recul de l’emploi salarié, une hausse des inscrits à France Travail et une montée des incertitudes pour les entreprises comme pour les actifs.
Pour autant, la Bourgogne‑Franche‑Comté dispose de plusieurs atouts : dispositifs régionaux de formation, investissements dans les filières sanitaires et sociales, partenariats renforcés entre France Travail, collectivités et branches professionnelles. Ces outils ne produiront leurs effets que si les DRH s’en emparent pleinement, en construisant des stratégies RH de moyen terme alignées sur les mutations économiques et démographiques.
Dans les mois à venir, l’enjeu pour les entreprises sera moins de subir la conjoncture que de redéfinir un équilibre durable entre emploi et compétences, en s’appuyant sur la connaissance fine du marché du travail en Bourgogne‑Franche‑Comté et sur une coopération renforcée avec l’ensemble des acteurs de l’emploi et de la formation.
