Électrification à quai Marseille : le Grand Port Maritime de Marseille‑Fos anticipe et accélère le raccordement électrique des navires. À l’horizon 2026, le port vise une capacité de 108 MW permettant de connecter simultanément trois paquebots, une première en France. Ce chantier combine renforcement des arrivées haute tension, installation de convertisseurs, déploiement de postes à quai et une production photovoltaïque dédiée pour maximiser l’autoconsommation.
Un calendrier et des capacités clairement définis
Le plan porté par le GPMM prévoit une montée en puissance progressive : 68 MW aujourd’hui, 108 MW en 2026 puis 150 MW à l’horizon 2029. Cette stratégie vise à répondre à la contrainte technique majeure des paquebots modernes : la demande électrique à quai peut atteindre près de 16 MW par navire selon les services en fonctionnement.
Pour suivre cette trajectoire, le port travaille sur plusieurs volets : création d’arrivées HT supplémentaires, installation de transformateurs et convertisseurs 50/60 Hz et adaptation des postes pour recevoir des connexions mobiles ou fixes. Le détail du programme est précisé par le GPMM sur sa page projet CENAQ du GPMM.
Quels gains environnementaux attendus ?
L’enjeu principal de l’électrification à quai est la réduction des émissions locales lors des escales. Les études et projections publiées indiquent des baisses significatives possibles : jusqu’à -80% de SO2, -60% de NOx et -75% de particules fines dans des scénarios d’électrification massive à l’horizon 2035. Ces chiffres reposent sur la substitution directe des carburants fossiles utilisés pour les groupes électrogènes embarqués par une alimentation électrique terrestre plus propre.
Impact sur la qualité de l’air urbain
Connexions régulières et puissances élevées réduisent l’exposition des quartiers portuaires aux émissions polluantes pendant les escales. Pour les collectivités locales (Métropole Aix‑Marseille, Région Sud), la réduction des nuisances atmosphériques et son corollaire en termes de santé publique sont des arguments majeurs pour soutenir financièrement ces infrastructures.
Financements et acteurs mobilisés
Le montage financier combine fonds publics et investissements portuaires. La première phase a bénéficié de soutiens européens (FEDER), de subventions nationales (Plan de relance) et d’apports locaux (Région Sud, Métropole, Département). Des dispositifs d’aide à l’équipement des compagnies (ADEME notamment) facilitent l’adaptation des navires pour accepter la connexion électrique navire‑à‑quai.
Le GPMM annonce que des dossiers de subvention couvrent des parties sensibles du projet, notamment l’amenée d’énergie et certaines installations de conversion, ce qui réduit l’effort d’investissement direct du port tout en accélérant le calendrier opérationnel.
Aspects techniques : défis et solutions
Le passage à des puissances de plusieurs dizaines de mégawatts impose des solutions techniques robustes. Les points clés sont :
- Arrivées haute tension renforcées et parfois doublées pour éviter les pertes et garantir la disponibilité.
- Convertisseurs de fréquence pour passer du 50 Hz terrestre au 60 Hz utilisé à bord de certains navires.
- Câbles et connexions de très grande section, souvent mobiles, capables de supporter 10–16 MW par branchement.
- Systèmes de gestion d’énergie (Smart Grid) couplant production photovoltaïque portuaire et alimentation réseau.
Ces contraintes induisent des coûts unitaires élevés mais l’expérience de ports pionniers montre que la répétabilité des escales et les économies d’échelle diminuent rapidement le coût moyen par branchement.
Production renouvelable et gestion énergétique
Pour limiter l’empreinte carbone des alimentations, le GPMM intègre une composante solaire. La première phase vise environ 9 MWc produisant près de 9 GWh/an en 2026, avec une montée en charge pour atteindre environ 14 GWh/an dans la phase suivante. Ces volumes ne couvrent pas la totalité des besoins mais contribuent à l’autoconsommation et à la baisse des émissions associées.
Le recours à un Smart Grid portuaire permettra de piloter la recharge, d’optimiser l’usage de la production PV et d’allouer la puissance disponible selon les priorités opérationnelles (sécurité, sûreté, services embarqués).
Conséquences pour la filière croisière et la logistique
La capacité à proposer de la shore power devient un facteur d’attractivité pour les compagnies de croisière qui sélectionnent désormais leurs escales selon la disponibilité de connexions électriques à quai. Marseille‑Fos, en annonçant la possibilité de brancher trois paquebots simultanément, renforce sa compétitivité face à d’autres hubs méditerranéens.
Pour les acteurs logistiques et les prestataires à terre (provisioning, manutention, excursions), un accroissement du nombre d’escales « zéro fumée » signifie également des cycles d’escale plus lisibles et une meilleure acceptabilité sociétale des activités portuaires.
Équipement des navires : une condition nécessaire
Un enjeu crucial reste l’équipement à bord. Toutes les compagnies ne disposent pas encore de transformateurs et interfaces permettant la connexion. Les aides ciblées et les contrats de retour d’expérience figurent parmi les leviers pour augmenter le nombre de navires « connectables ».
Cadre réglementaire et perspective AFIR 2030
La dynamique portuaire s’inscrit aussi dans un contexte réglementaire européen (AFIR/2030) encourageant les infrastructures de recharge et d’alimentation. En anticipant ces obligations, Marseille‑Fos veut sécuriser son rang et éviter l’effet retard qui pourrait nuire à son trafic croisière et fret.
Risques, limites et points de vigilance
Plusieurs risques doivent être gérés :
- La contrainte réseau national : disponibilité des capacités HT et adaptation des gestionnaires (Enedis/RTE).
- Le coût de conversion pour les compagnies et la nécessité d’un modèle économique viable.
- La variabilité de la production renouvelable qui nécessite des solutions de stockage ou d’équilibrage.
- Les impératifs de sûreté et de compatibilité électrique entre opérateurs et navires.
Ressources et références pour approfondir
Pour le lecteur souhaitant consulter les documents officiels et annonces récentes : le dossier du GPMM détaille le projet CENAQ et les phases de déploiement sur la page CENAQ ‘Escales zéro fumée’. Un article synthétique sur l’initiative récente a été publié sur TourMaG : article TourMaG sur électrification à quai. Pour le cadrage des aides et impacts, l’ADEME propose des fiches et retours d’expérience sur le branchement des navires : ressource ADEME sur branchement navires.
Une fenêtre d’opportunité pour la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur
Pour le tissu industriel local (électriciens, fabricants de convertisseurs, intégrateurs Smart Grid), l’électrification à quai représente une opportunité de commande importante et de montée en compétences. Des retombées économiques régionales sont attendues : création d’emplois techniques, contrats de maintenance et de fourniture, et montée en gamme des prestataires portuaires.
Vers la prochaine phase opérationnelle
Le calendrier 2026 marque une étape concrète : la mise à disposition de 108 MW et la possibilité de brancher trois paquebots simultanément. Si la montée vers 150 MW se confirme d’ici 2029 et que le parc de navires s’adapte, Marseille‑Fos pourrait couvrir une large part des escales et consolider son positionnement méditerranéen.
Points d’appui pour les décideurs locaux
Les autorités locales et acteurs logistiques devront continuer de coordonner : planification des travaux réseau, incitations à l’équipement des navires, formation des opérateurs et communication auprès des riverains pour capitaliser sur les bénéfices sanitaires et environnementaux.
Perspectives ouvertes
L’initiative marseillaise montre que l’électrification à quai est technologiquement et économiquement atteignable à grande échelle si elle est soutenue par des montages financiers et une coordination entre port, gestionnaires d’énergie et compagnies. À court terme (2026), la capacité annoncée transformera déjà la qualité des escales. À moyen terme, elle peut redessiner la compétitivité régionale sur le marché de la croisière durable et de la logistique portuaire.
Article rédigé pour un lectorat Transport & Logistique régional ; pour consulter la source d’origine et les communiqués officiels, voir les liens intégrés dans le texte.
