LOUIS DUPONT

PGE en entreprise: où en est-on vraiment aujourd’hui ?

Publié le 06/01/2026

Si vous êtes dirigeant, vous avez probablement contracté un Prêt Garanti par l’État (PGE) pendant la crise Covid.
Et si ce n’est pas le cas, vous en subissez peut-être indirectement les effets : pression sur la trésorerie, décisions d’investissement reportées, projets de cession ou de transmission retardés.

Le PGE, c’était quoi exactement ?

Le PGE a été mis en place en 2020 pour répondre à une urgence : éviter un effondrement massif des entreprises françaises pendant la crise sanitaire.

Concrètement :

  • l’État garantissait jusqu’à 90 % du prêt,
  • les banques finançaient rapidement,
  • les entreprises pouvaient différer le remboursement.

Résultat : un dispositif massif, rapide, et largement accessible.

Combien d’entreprises ont bénéficié du PGE ?

On parle souvent du PGE comme d’un mécanisme exceptionnel. Les chiffres le confirment.

  • 700 000 à 800 000 entreprises ont bénéficié d’un PGE
  • 145 milliards d’euros ont été injectés dans l’économie
  • 99 % des bénéficiaires sont des TPE et PME, qui concentrent 77 % des montants

Autrement dit : le PGE a avant tout soutenu le cœur du tissu économique français.

Où en est le remboursement aujourd’hui ?

C’est LA question que se posent encore beaucoup de dirigeants.

Bonne nouvelle : la situation est globalement maîtrisée.

  • Le taux de remboursement atteint
    • environ 80 % pour les TPE/PME,
    • jusqu’à 92 % pour les grandes entreprises
  • Le taux de sinistralité (appels en garantie de l’État) est limité à 4,2 %
  • Le coût total pour l’État est estimé à 5,5 milliards d’euros

Et surtout :

  • seules 4 % des entreprises déclarent aujourd’hui craindre des difficultés de remboursement
  • le taux de refus bancaire initial n’était que de 2,9 %

Le PGE n’a donc pas déclenché une vague de défauts incontrôlés.


Mais alors, pourquoi le PGE reste un sujet sensible ?

Parce que le PGE a déplacé le problème dans le temps.

Entre 2020 et 2022, on estime que 35 000 entreprises ont évité la faillite grâce au PGE.
Mais « éviter » ne veut pas toujours dire « résoudre ».

Aujourd’hui :

  • les défaillances d’entreprises restent élevées, autour de 66 000 procédures collectives par an (2024–2025) ;
  • certaines entreprises arrivent en bout de capacité de remboursement ;
  • d’autres reportent encore des décisions stratégiques clés.

À noter :
la durée de remboursement peut aller jusqu’à 6 ans, et jusqu’à 10 ans via la médiation du crédit.


Le PGE peut-il freiner un projet de cession ou de transmission ?

Oui, clairement, dans certains cas.

Un PGE :

  • alourdit l’endettement,
  • réduit la flexibilité financière,
  • peut compliquer une valorisation,
  • ou inquiéter un repreneur mal informé.

Mais attention : le PGE n’est pas un “deal breaker” en soi.
Tout dépend de :

  • sa part dans la dette globale,
  • la capacité de génération de cash,
  • la trajectoire de remboursement,

et surtout… de la manière dont le sujet est anticipé.


Faut-il s’inquiéter aujourd’hui si on a encore un PGE ?

La vraie question n’est pas « ai-je un PGE ? »
Mais plutôt : « que raconte mon PGE sur la santé et la trajectoire de mon entreprise ? »

Un PGE peut être :

  • un simple héritage de crise, bien maîtrisé,
  • ou le symptôme d’un modèle à ajuster.

Dans tous les cas, il mérite d’être analysé, pas ignoré.

FAQ

Le PGE est-il encore d’actualité en 2025 ?

Oui. Même si le dispositif n’est plus distribué, des encours importants subsistent, et leurs effets se font encore sentir sur la trésorerie et la stratégie des entreprises.

Quelle est la durée maximale de remboursement d’un PGE ?

La durée standard est de 6 ans, mais elle peut être étendue jusqu’à 10 ans via la médiation du crédit, sous conditions.

Le PGE empêche-t-il de vendre son entreprise ?

Non, mais il peut complexifier la discussion. Un PGE bien structuré et bien expliqué est généralement acceptable pour un repreneur.

Combien d’entreprises ont fait défaut sur leur PGE ?

Le taux de sinistralité est d’environ 4,2 %, ce qui reste contenu au regard des montants engagés.

Le PGE explique-t-il la hausse des défaillances ?

Partiellement. Le PGE a retardé certaines faillites, mais les causes sont multiples : inflation, coûts de financement, baisse d’activité, fin des aides, etc.

Faut-il renégocier son PGE ?

Cela peut être pertinent si :

  • la trésorerie est sous tension,
  • un projet stratégique est en cours (cession, transmission, investissement),
  • ou si l’échéancier devient contraignant

En conclusion

Le PGE n’est ni un échec, ni une solution miracle.
C’est un outil de crise qui a joué son rôle… et dont les effets se prolongent.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus de savoir si le PGE était utile,
mais comment les entreprises intègrent cet héritage dans leurs décisions futures.